L’indifférence sociale
Nous vivons à une époque marquée par la surabondance d’informations en continu ainsi que par l’omniprésence des réseaux sociaux. À cela s’ajoute une valorisation constante de la performance, de la productivité et de la consommation. Dans ce contexte, l’individualisme poursuit sa progression, contribuant au développement d’un sentiment d’indifférence sociale de plus en plus répandu au sein de la population. L’indifférence sociale se traduit par un manque d’intérêt ou de sensibilité envers autrui et les problèmes de la société. Elle s’accompagne souvent d’une attitude passive face aux souffrances, aux injustices et même aux appels à l’aide.
Malheureusement, le traitement réservé aux aînés reflète assez bien cet effritement du tissu social. En effet, dans notre société qui idolâtre la jeunesse, la performance et la vitesse, les aînés ont tendance à subir une forme d’effacement graduel. Peu à peu relégués au second plan, ils deviennent moins représentés dans les médias. Ils peinent aussi à faire entendre leur voix quand vient le temps de prendre des décisions collectives, voire des décisions qui les concernent directement. On peut notamment penser aux questions relatives aux soins, au logement, à l’environnement, etc. Cette forme d’indifférence sociale ne se manifeste pas toujours de manière frontale. Elle opère souvent plus subtilement, à travers l’oubli, l’évitement ou une négligence involontaire. Ce désintérêt progressif peut laisser une impression douloureuse : celle de ne plus compter, de ne plus être considéré comme une personne active et pleinement reconnue.
Un phénomène planétaire
Bien entendu, les aînés ne sont pas les seuls à éprouver les contrecoups de ce désengagement social qui semble se déployer à l’échelle planétaire. Les exemples où il est plus facile de détourner le regard sont nombreux : conflits armés internationaux, crise migratoire, pollution industrielle, changements climatiques, crise des opioïdes, crise du logement et montée de l’itinérance, etc. Certains pourraient faire remarquer que bon nombre de ces enjeux concernent des réalités géographiquement éloignées de la nôtre. Toutefois, plusieurs d’entre eux relèvent également de problématiques locales. Étrangement, même cette proximité semble rarement suffire à éveiller l’intérêt ou à provoquer de réelles réactions.
Exposition Contraste et indifférence
Heureusement, l’art possède encore le pouvoir d’éveiller les consciences et de rendre tangibles et sensibles les questions les plus complexes. Présentée à la Fondation Grantham pour l’art et l’environnement, du 13 septembre au 23 novembre 2025, l’exposition Contraste et indifférence invite le public à jeter un regard attentif sur quelques-unes des grandes transformations du monde. On y découvre le travail de quatre artistes : Larissa Fassler, Cécile Hartmann, Isabelle Hayeur et Capucine Vever. Toutes ont en commun de parcourir la planète afin de réaliser des enquêtes de terrain. En immersion dans une réalité parfois très loin de la leur, elles prennent le temps d’observer et de documenter l’environnement auquel elles sont confrontées. Parmi les lieux explorés par les artistes, on compte notamment la frontière entre le Mexique et les États-Unis, le gigantesque chantier de la ville de Dubaï, les villes de Vancouver et de Manchester (toutes deux touchées par la crise des opioïdes) et plusieurs sites affectés par l’exploitation minière. Les témoignages qui émergent de cette démarche prennent alors différentes formes : photographies, vidéos, dessins, sculptures.
L’exposition résulte d’une collaboration inédite entre la Fondation Grantham pour l’art et l’environnement et le Centre culturel canadien de Paris. Catherine Bédard, la commissaire de l’exposition, a pensé le projet en deux volets. Après son passage à St-Edmond-de-Grantham, Contraste et indifférence voyagera vers l’Europe. L’exposition sera présentée au Centre culturel canadien dès février 2026. D’ailleurs, le choix des artistes s’inscrit également dans cet esprit d’échange entre le Canada et la France. En effet, l’exposition réunit le travail de deux canadiennes (Larissa Fassler et Isabelle Hayeur) ainsi que de deux françaises (Cécile Hartmann et Capucine Vever).
Le Centre culturel canadien de Paris, qu’est-ce que c’est?
Le Centre culturel canadien de Paris a pour mission de promouvoir la culture canadienne contemporaine dans toute sa diversité en France. Il met en lumière la richesse artistique, linguistique, géographique et autochtone du Canada à travers une programmation variée. On y présente entre autres des expositions, des concerts, des projections, etc. Depuis 2018, le centre est installé dans un bâtiment partagé avec l’ambassade du Canada. De ce fait, il joue un rôle actif dans la diplomatie culturelle entre le Canada et la France, en valorisant les échanges artistiques entre les deux pays.
Pour plus de détails sur l’exposition ou pour prévoir une visite, visitez le site internet de la Fondation Grantham : https://www.fondationgrantham.org/fr-expo-automne-2025
Pour en apprendre davantage sur le Centre culturel canadien de Paris : https://canada-culture.org/
Image d’entête : Isabelle Hayeur, Migrants près du mur après un passage illégal à Jacumba #1 (de la série Bordelands), 2024, Impression couleur montée sur aluminium Dibond, 120 x 160 cm. Documentation photographique : Vincent Royer
Claudel Lauzière Vanasse,
Directeur des opérations à la Fondation Grantham pour l’art et l’environnement
et enseignant en arts visuels au Cégep de Drummondville
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