Lettre d’une petite-fille à sa grand-maman

Être grand-parent : un art sans mode d’emploi

En écrivant cette lettre d’une petite-fille à sa grand-maman, j’ai réalisé qu’être grand-parent est un art, et il prend plusieurs formes. Que ce soit en donnant de son temps pour garder les petits lorsque les parents ont besoin de quelques jours de repos, en assistant à tous les spectacles de ballet de la petite, aux premiers matchs du plus jeune, en cuisinant de petits plats réconfortants ou encore en donnant parfois des sucreries pour être le grand-parent « cool », être grand-parent n’a pas de définition précise.

Il n’existe pas de guide pour devenir grand-parent et je salue cet art naturel que vous avez de simplement l’être, d’offrir un amour inconditionnel à ces petites boules d’énergie qui deviennent rapidement des adolescents (qui ont pas mal moins d’énergie), puis, un jour, de jeunes adultes comme moi. C’est en grandissant que j’ai compris à quel point cet art prenait tout son sens dans ma propre vie.

La relation entre une grand-maman et ses petits-enfants.

Un amour qui traverse les âges

Je ne peux pas savoir ce que cela fait d’être grand-parent. Il serait donc inauthentique de ma part d’écrire de ce point de vue. Cependant, j’ai la chance d’être une petite-fille. Je connais la générosité que mes grands-parents ont su m’offrir depuis ma naissance. Je réalise aujourd’hui que ce précieux lien familial peut parfois s’effriter, sans que l’on s’en rende réellement compte. Nous avons tendance à aller voir grand-maman et grand-papa lorsque nous sommes jeunes, puis nous devenons « occupés ».

Comme bien des petits-enfants, ma relation avec mes grands-parents a évolué avec l’adolescence. À cette période, je faisais partie de ceux qui roulaient des yeux lors d’une annonce d’un party de famille. Je suis donc loin d’être une petite-fille parfaite, détrompez-vous. Entre les nouveaux amis du secondaire, le premier petit copain et les mille et une activités parascolaires, nous oublions parfois à quel point le temps passe vite et les souvenirs que nous laissons derrière nous. 

Quand le recul apporte la conscience

Avec le recul, je comprends toutefois que ce détachement n’était pas un manque d’amour. Il était plutôt un manque de conscience. Je ne réalisais pas encore la chance que j’avais d’avoir accès à autant de souvenirs, d’anecdotes et d’histoires. Cette réflexion m’a amenée à porter un regard différent sur le rôle de nos aînés dans nos vies. Je comprends aujourd’hui que ce sont ces moments partagés qui nous font grandir. Quoi de mieux que d’entendre ce que nos aînés ont vécu pour mieux comprendre notre présent et imaginer notre futur ?

La relation entre une grand-maman et ses petits-enfants.

Le temps file et les liens à préserver

Bref, avec le temps, j’ai compris que ce déséquilibre que j’avais créé entre ma sphère familiale et mes autres occupations n’était pas volontaire. Il était plutôt le reflet d’un rythme de vie qui s’accélère, d’un quotidien qui m’emporte sans toujours me laisser le temps de m’arrêter. Cette prise de conscience a pris une dimension très personnelle lorsque j’ai pensé à ma propre grand-maman. En grandissant, j’ai parfois oublié que ma belle grand-maman, la seule qui me reste aujourd’hui, est toujours là, avec la même disponibilité (et la même fougue pour me battre à n’importe quel jeu de cartes). Elle est toujours présente, avec la même écoute, les mêmes yeux pétillants, le même rire enfantin que j’adore et le même amour.

Le relation entre une grand-maman et sa petite-fille.

Je la sens toujours aussi fière de moi et j’aimerais aussi lui dire à quel point je suis fière d’elle. Ce que je réalise aujourd’hui, c’est que nous ne sommes pas si éloignés de nos grands-parents et que nous avons tout à gagner à retenir d’eux. Je ne crois pas atteindre un jour le niveau de style de ma grand-mère, ni son talent en jeux de société, en peinture et encore moins en casse-tête, mais j’aspire à avoir son énergie. Du haut de ses quatre-vingts ans, j’admire le fait qu’elle danse, qu’elle soit seule ou non sur la piste, jusqu’à la fermeture des terrasses pendant que tous les jeunes comme moi sont affalés sur les divans. À travers elle, j’ai appris ce que signifie réellement « profiter de la vie ».

Un lien qui évolue, mais ne s’efface jamais

La relation entre un grand-parent et son petit-enfant évolue avec le temps. Elle se transforme, mais elle ne disparaît jamais. Même lorsque les visites se font plus rares ou que le quotidien change, le lien demeure ancré dans les souvenirs partagés, les valeurs transmises et l’amour inconditionnel.

« Aimer, c’est être là. » — Gilles Vigneault

À vous, les grands-parents, sachez que votre présence a une importance immense, même lorsque le silence s’installe parfois entre deux appels ou deux visites. Vos histoires, votre regard sur la vie, votre patience et votre bienveillance continuent de laisser une trace, souvent plus profonde que vous ne l’imaginez. Vous n’êtes pas seuls. Vous êtes porteurs de sens, de mémoire et d’amour. Et pour plusieurs d’entre nous, petits-enfants devenus adultes, vous êtes et vous resterez un pilier.

Et si cette lettre à ma grand-maman peut servir de rappel, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour nourrir ce lien précieux, peu importe l’âge ou le milieu de vie.

Sarah Pelletier

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